Crise énergétique : Comment Ursula Von Der Leyen a dézingué ...

Auteur: Alessandra d'Angelo — Rédactrice en Chef
Publié le 19 mars 2024 à 08:21
La crise énergétique qui secoue actuellement l'Europe ne laisse personne indifférent. Alors que les prix de l'énergie grimpent en flèche et que les ressources se raréfient, elle frappe durement ménages et entreprises. Comment en sommes-nous arrivés là ? Selon Samuel Furfari, expert en politique et géopolitique de l’énergie, ancien haut fonctionnaire à la Direction Générale de l’Energie à la Commission européenne - et auteur de « Energie, mensonges d'état. La destruction organisée de la compétitivité de l'UE » aux éditions l'Artilleur - Ursula Von Der Leyen nous a précipité dans un gouffre en privilégiant la décarbonation au détriment de la sécurité énergétique. Le Green Deal (Plan vert) est un véritable massacre pour l’industrie. « La sobriété heureuse, cela ne marche pas ! Il faudrait enfin avoir le courage de s’afficher anti-écolo, en ce compris dans le monde politique »
Depuis de nombreux mois, la crise énergétique frappe durement l’Europe qui s’est engagée indirectement aux côtés de l’Ukraine dans une guerre contre la Russie. Il faut dire que les prix de l’énergie en général et des hydrocarbures en particulier avaient déjà amorcé une remontée à la fin de 2021, à la sortie de la crise de la Covid-19. Les tensions entre Occidentaux et Russes n’ont fait qu’empirer les choses, au grand dam des consommateurs, mais aussi des entreprises. Plusieurs questions brûlent évidemment toutes les lèvres : cette crise énergétique est-elle passagère ? Va-t-elle durer et, si oui, combien de temps ? Et surtout pourquoi la situation semble ne pas trouver d’issue salvatrice ? Samuel Furfari nous explique tout.
Un mauvais deal
« Avoir de l’énergie abondante et bon marché est le slogan qui a permis de créer l’Union européenne. Comment voulez-vous vous développer économiquement si l’on est plus dans ce principe ? Madame von der Leyen a dézingué la sécurisation de l’approvisionnement énergétique que l’UE a garanti pendant 66 ans ! Réduire les émissions est son cheval de bataille. Partant, on a commencé à pénaliser à outrance. Tous nos soucis économiques viennent de cette décision. Réduire les émissions de CO2 de 90% en 2040, c'est-à-dire presque demain, c'est mortifère ! Cela impacte tous les aspects de la vie ! »
Décarbonation, oui mais encore ?
« Les ¾ des énergies que nous utilisons en Europe sont des énergies fossiles, charbon, gaz et pétrole. Le reste c’est du nucléaire. Ailleurs, c’est plus de 82% d’énergies fossiles. Donc, notre monde fonctionne grâce aux énergies fossiles. Ces énergies fossiles produisent du CO2. Et donc, on nous dit qu’en quelques années, il faut tout supprimer et tout remplacer par du renouvelable. Et pas par n’importe lequel car les écologistes ne veulent pas de biocarburant, ils ne veulent pas de bois. Ils ne veulent que l’éolien et le solaire. Or, en Europe, cela représente seulement 3%. Ce n’est pas tenable ! »
Un contrôle sociale sévère
« C’est pour cela que les agriculteurs ont réagi. Outre les taxes, on leur demande même de réduire leurs surfaces agricoles, soi-disant pour protéger la terre. Et puis, on va importer d’ailleurs ! Un agriculteur sait quand il doit semer. Maintenant, on leur dit même quand ils doivent semer. C’est un contrôle total ! Cette frénésie verte a tout chamboulé ! L’énergie, c’est la vie. C’est impossible d’avoir une économie florissante sans énergie. C’est éthiquement insupportable ! »
Un désarmement unilatéral
« On a besoin de diversifier les formes d’énergies pour assurer la sécurité d’approvisionnement. On ne peut pas dire : cette forme d’énergie-là, je n’en veux pas ! Comme on ne peut pas dépendre d’une région ou d’une zone. Or, on fait tout l’inverse : le nucléaire, on n’en veut pas, le charbon, on n’en veut pas et on signe des contrats prégnants avec la Russie qui nous rendent dépendants. Avec notre parc nucléaire, on aurait pu être les champions du monde. On s’est sabordés tout seul depuis 2016, après l’Accord de Paris (2015) à cause de l’influence écologique, mais aussi à cause de l’Allemagne. Une énergie propre, abondante, locale a été le nouveau narratif. Mais, cela ne marche pas et cela coûte horriblement cher »
Une religion verte
« Tout ce qui semble sympathique n’est pas pour autant viable. La sobriété heureuse ? Je me demande comment on peut vivre heureux si on est esclave, s’il n’y a plus d’industries ? Comment va-t-on faire tourner l’économie ? Ces nostalgiques de l’anti-marché vivent sur une autre planète ! Il y a une forme de religiosité derrière tout cela, avec des dogmes, des a priori et des grands prêtres, comme la fameuse petite suédoise. Les écologistes représentent 10% de la population et le Pacte vert va s’appliquer à 100% de la population. Il y a là quelque chose d’aberrant. Ces quelques pourcents obligent toute la population européenne à vivre comme eux l’ont décidé ! »
Une influence allemande certaine
« Et pour cause. C’est le pays le plus grand en Europe. Il y a 97 députés allemands au Parlement européen à Strasbourg contre une moyenne de 27 par pays pour les autres Etats-membres. L’Allemagne a donc une influence certaine. Et elle est particulièrement anti-nucléaire et radicale. Ce pourquoi l'energiewende (tournant radical) est d’ailleurs le nom de la transition énergétique allemande, cela veut tout dire ! Or, cette transition est déjà un échec en Europe. Pensons à la fin des véhicules thermiques, pour ne citer que cet exemple. Ce n’est pas réaliste ! »
Le réchauffement ? Une chimères
« Les européens sont obnubilés par le changement climatique, mais dans le reste du monde, on s’en moque éperdument. Il n’y a personne qui s’occupe de cela, ni en Chine ni ailleurs ! La Chine ouvre des centrales électriques au charbon toutes les deux semaines. Résultat ? Avec un prix de l’énergie élevé, on a un sérieux soucis de compétitivité. Du coup, on délocalise. On ferme les usines européennes et on les implante hors UE. Et du côté des consommateurs, chauffage, transport, alimentation, c'est l'ensemble du pouvoir d'achat qui est impacté !Tout cela pour sauver la planète? Mais, on ne la sauvera pas puisque le reste du monde ne s'en préoccupe pas ! La décarbonation nous détruit. Il faudrait enfin avoir le courage de s'afficher anti-écolo, y compris et surtout dans le monde politique ! »
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